L’intelligence artificielle et l’industrie du jeu vidéo – Partie 2 de 3

Dans l’article précédent, nous avons comparé l’évolution récente de l’industrie du jeu vidéo en parallèle avec celle de l’intelligence artificielle et exploré les défis liés aux développements extrêmement rapide de ces technologies. Parlons maintenant des obstacles à l’application utile des résultats de cette recherche dans la vie de tous les jours.

Tout d’abord la difficulté d’adoption. Elle est inhérente à tout changement, mais l’IA a la capacité de modifier en profondeur certains métiers. Il est facile d’y voir une menace autant qu’un nivellement par le bas.

L’intelligence artificielle évolue à une vitesse folle; nos organisations et processus, beaucoup moins. Ce système à deux vitesse est loin d’être adapté pour exploiter l’IA à son plein potentiel et de manière responsable. Les débats sur la propriété intellectuelle, les délais de recrutement, les validations légales sont autant de freins à la capacité d’innovation. L’intelligence artificielle créée de nouveaux métiers, de nouvelles opportunités mais pose aussi de nouvelles questions ; en plus de remettre en cause nos modèles d’affaires, l’IA remet également en cause les processus et organisations qui les supportent.

Nouvelle technologie, nouveaux questionnements

Les résultats eux-mêmes bousculent la plupart des réglementations et ouvrent de nouvelles questions éthiques. À qui appartiennent les données ? Selon quelles limites ? l’IA doit-elle être le reflet de nos biais cognitifs ou se montrer inclusive et influencer ? Selon quels critères, décidés par qui ? Quelle est la notion d’auteur ou de droit si une IA peut créer ? Est-ce la même chose de créer une image, une musique, un texte ou de générer une voix ? Qui est responsable des conséquences d’un problème lié à des véhicules autonomes ?

Trois piliers à considérer

Le développement actionnable de l’IA requiert trois piliers : des données, une expertise et une application pratique. Il est cependant rare de retrouver ces trois piliers au même endroit : l’expertise est encore rare, les données sont du ressort de compagnies établies n’ayant pas nécessairement la volonté de développer de nouveaux services en marge de leur domaine d’affaire

La plupart des résultats industriels en IA sont en fait des résultats académiques : le rôle de l’université est de créer de la connaissance publique. Dès lors, comment tirer industriellement parti d’une innovation dont les fondements sont disponibles à tous sur internet ? Comment intégrer cette dimension à des cultures d’entreprise souvent moins ouvertes ?

L’apparition d’internet a profondément bousculé nos manières de travailler ou de communiquer, simplement en accélérant notre capacité à accéder ou à partager de l’information. Cela n’a pas ouvert de nouvelles possibilités, mais les a amplifiées. L’IA n’est pas nouvelle, mais les percées de l’apprentissage machine le sont. Elles ouvrent une nouvelle porte vers une zone qui peut considérablement modifier non pas seulement nos activités, mais notre identité.

Andrew NG résume très bien cette idée en disant que si nous cherchons une référence, l’IA est aussi disruptive que l’électricité a pu l’être.

On le voit : la nature de l’IA, son écosystème et son potentiel ne représentent pas uniquement une nouvelle technologie qu’il convient de maîtriser. Certains en parlent comme une 4ème révolution industrielle. Nous avons peu de références ou de points de comparaisons : c’est le signe que nous devons nous réinventer, à commencer par nos modèles de collaborations : plus inclusifs, plus transparents, plus ouverts.

Créer un contexte propice à l’innovation

La plupart des innovations disruptives sont le fruit d’une crise économique, sociétale ou culturelle. Une guerre, une révolution, une faillite sont autant d’occasion de remettre à plat les acquis, les convictions ou les règles. Elles forcent une réinvention sur la base de nouveaux paradigmes et d’une feuille blanche. Est-ce possible de profiter des impacts bénéfiques d’une crise sans en subir les lourdes conséquences ?

Notre industrie est en pleine croissance. Créer un jeu vidéo est complexe : cela mobilise des centaines de personnes représentants des dizaines de métiers différents qui travaillent dans plusieurs studios autour du monde pendant plusieurs années. Sur un seul jeu. Et nous devons en permanence trouver l’équilibre entre l’efficience qu’apportent des processus qui ont fait leur preuve et notre impératif de créativité.

C’est dans ce contexte que nous avons créé Ubisoft la Forge, un espace de prototypage qui concrétise les idées technologiques issues de la collaboration entre le milieu de la recherche universitaire et les équipes de production. On y retrouve les trois piliers : des données, une expertise et une application pratique.

Dans le prochain article, nous parlerons de l’idée derrière la création de la Forge, et des applications possibles de la recherche en Intelligence artificielle pour les jeux vidéo dans la vie de tous les jours.

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